Une semaine.
Une semaine qui m'avait parue aussi longue qu'un mois entier tellement elle eut été chargée en émotions.
S'attendre à la fin des cours était devenu une habitude. En fait, je dis « s'attendre », mais c'était toujours toi qui m'attendais. J'avais beau me dépêcher et bousculer les gens dans les couloirs, tu étais toujours dehors avant moi. Tu m'attendais debout, faisant dos à un arbre qui était encore assez petit. J'allais toujours te rejoindre accompagnée de ma nervosité, et ce qui me gênait le plus, c'était que tu t'en rendais compte.
C'était un vendredi.
Il était 17h passées et tu m'avais proposé de me raccompagner.
En route vers chez moi, on passa devant le cinéma, et soudain, ton visage s'illuma comme celui d'un enfant. Tes yeux brillaient d'une telle innocence que sur le moment j'eus l'impression de ne pas te connaître.
En fait, mon intuition avait bel et bien raison, je ne te connaissais pas du tout.
-Hey! Ça te dirait d'aller voir un film?
J'acquiesçai, prise au dépourvue.
On fit la queue durant un gros maximum de 5 minutes. Et c'est là que t'es parti en coup de vent.
Tu sortis ton portable de ta poche, et avant que je n'aie eu le temps de comprendre quoi que ce soit, tu t'excusais de devoir partir. Tu fis trois pas et fis volte-face.
-Et si on remettait ça demain soir? me demandas-tu.
-Euh, oui, pourquoi pas! Je répondis.
-On se rejoint ici à 20 heures !?!
-D'accord!
J'avais à peine eu le temps de répondre que tu traversais déjà la rue.
Tu m'avais planté là au beau milieu de cette file d'attente, et je me trouvais plus que stupide.
-Mademoiselle? ... Mademoiselle! ... Alors, vous les achetez vos tickets ?!?
Je passai la journée du lendemain plongée dans une langueur des plus désagréables. Je ne savais que faire de moi-même en attendant de me rendre à notre rendez-vous.
Un rendez-vous, oui.
C'était comme ça que je percevais les choses.
J'occupai donc ma journée devant la télévision à mâchouiller des bonbons et à jeter des coups d'½il furtifs en direction de la pendule accrochée au dessus du foyer. Lorsque cette effrontée d'horloge afficha enfin 19h45, j'étais déjà en route. Après avoir soigneusement lissé mes cheveux, j'avais tranquillement tracé une ligne d'eyeliner sur chacun de mes yeux. Malgré le fait que je n'utilisais pratiquement jamais ce petit pinceau, le résultat était plutôt satisfaisant.
J'aurais du me douter que le pire restait à venir.
En appliquant une mince couche de mascara sur mes cils, je réussis à me fourrer la brosse dans l'½il. J'essayais d'essuyer les dégâts sans gâcher le reste du maquillage, mais je ne réussissais qu'à me l'étaler autour des yeux. C'était digne d'un raton laveur. Découragée, je décidai de tout recommencer. Je me brossai les dents et jetai un regard à ma montre.
19h44.
Eh oui, j'avais passé la journée à ne rien faire, et je me retrouvais tout de même à la bourre.
En enfilant mon manteau, mes cheveux se retrouvèrent dressés sur ma tête grâce à l'électricité statique. Je poussai un grognement d'impatience et remis mes cheveux en place le mieux possible.
« J'vais être en retard! Il manquait plus que ça. » Pensai-je frustrée.
Tout en marchant vers le cinéma, je me calmai en me disant que de toute façon, tu avais pris l'habitude de m'attendre.
J'arrivai avec à peine une minute de retard. Le bout du nez et les doigts gelés, je constatai avec étonnement que tu n'étais pas là. Je te cherchai du regard et marchai de long en large devant la bâtisse, mais tu n'étais pas là. J'attendis.
Cinq minutes ... dix ... quinze...
Je m'adossai contre l'affiche de James Bond, essayant de me convaincre que tu avais une bonne excuse d'être en retard.
Bonne excuse ou pas, tu n'avais pas que du retard.
J'attendis jusqu'à avoir les orteils paralysés par le froid mordant du mois de mars ; c'est-à-dire, exactement une heure et trente-deux minutes.
Tu m'avais posé un lapin.
Humiliée, je rentrai chez moi le moral au plus bas. En fait, je n'étais pas triste. J'étais en colère. Même, très en colère. Tu me prenais pour une idiote, et te foutais complètement de ma gueule.
En réalité, même si ça n'expliquait pas ton geste, tu avais raison de croire que j'étais naïve.